Côte d’Ivoire | Gnahoua Zibrabi se souvient!

0
567

Gnahoua Zibrabi Norbert, Directeur de Publication de <<L’œil du peuple>>

Abidjan | 11 Avril 2011,  le chrono indiquait exactement 11h11mn, lorsque les officiels occidentaux annonçaient la reddition au forceps de l’ancien chef de l’État Laurent Gbagbo. Le Président de la République d’alors et plusieurs de ses collaborateurs sont appréhendés et curieusement  conduits à l’hôtel du golf, là où Ouattara et ses camarades avaient trouvé refuge, ainsi qu’à la pergola.

<<les français ont été très méchants. Leur intention était d’assassiner Laurent Gbagbo, et sans raison. Moi qui était de sa compagnie, je m’étais considéré comme un homme mort. J’ai une pensée pour tous ceux dont la mort est directement ou indirectement liée à ces événements que j’ai trouvé très malheureux (…)>>, explique le journaliste Gnahoua Zibrabi Norbert, qui a reçu ce jeudi, notre équipe de reportage, en sa résidence d’Abidjan.

Le véhicule calciné à la gauche sur cette image appartenait au journaliste Zibrabi 

L’historique des faits:

Le second tour de l’élection présidentielle ivoirienne de 2010, qui a lieu le 28 novembre, oppose le président sortant Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara, ancien premier ministre. Les deux camps s’accusent mutuellement.

Le 2 décembre, Youssouf Bakayoko, président de la commission électorale indépendante (CEI), annonce la victoire d’Alassane Ouattara avec 54,10% des voix contre 45,90% pour Laurent Gbagbo, avec un taux de participation de 81,10%. L’annonce des résultats avait été reportée plusieurs fois et a eu lieu après la date limite. La presse a été surprise par le fait que cette annonce ait lieu à l’Hôtel du Golf, protégé par les forces de l’ONUCI. Bakayoko aurait fait son annonce dans cet hôtel, choisi comme QG de campagne par Ouattara, car il voulait bénéficier de la protection des forces de l’ONU. D’après les accords de Pretoria signés en 2005, la commission électorale indépendante est composée pour la majorité d’éléments venant de l’opposition (RHDP et Forces Nouvelles).

Paul Yao N’Dre, nommé par le président le 8 août 2009 à la tête du Conseil constitutionnel et réputé proche de Simone Gbagbo, déclare que la CEI n’avait plus l’autorité pour annoncer les résultats car la date limite était dépassée et donc les résultats sont invalides. Selon N’Dre, après la date limite, seul le Conseil Constitutionnel est habilité à annoncer les résultats ; c’est en effet cette institution qui doit « trancher, le cas échéant, le contentieux électoral, et proclamer les résultats du scrutin ». Après cette annonce, les militaires ferment les frontières du pays.

Le 3 décembre, le Conseil Constitutionnel déclare Gbagbo vainqueur. N’Dre annonce
que les résultats dans sept régions du nord sont annulés. Cela inverse les résultats en faveur de Gbagbo qui est alors crédité de 51,45% des votes alors que Ouattara n’a plus que 48,55%.

L’envoyé spécial de l’Onu en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi, proclame la victoire de Ouattara : « Les résultats du second tour de l’élection présidentielle tels qu’annoncés le 2 décembre par la commission électorale ne changent pas, ce qui confirme que le candidat Alassane Ouattara a remporté le scrutin ».

Sur les bases des résultats de la CEI et du soutien de l’ONU, Ouattara affirme qu’il est le « président élu » et dit que le Conseil Constitutionnel a abusé de son autorité : « Je suis désolé pour l’image de mon pays, mais la fin du processus est la validation par le représentant spécial de l’Onu, et c’est cette validation qui confirme que je suis le vainqueur ». Le premier ministre et chef des Forces Nouvelles, Guillaume Soro soutient la victoire de Ouattara. Soro donne sa démission du poste de premier ministre.

Gbagbo, investi le 4 décembre, déclare : « La souveraineté de la Côte d’Ivoire, c’est celle que je suis chargé de défendre et je ne la négocie pas ».

En différentes parties du pays, on annonce des tirs et la violence.

Gbagbo nomme Gilbert Aké Ngbo, un économiste qui lui est proche, comme premier ministre.

Ouattara prête serment peu de temps après en déclarant : « Je voudrais vous dire que la Côte d’Ivoire est maintenant en de bonnes mains ». Il reconduit Guillaume Soro comme premier ministre.

Alassane Ouattara refuse dans un premier temps de déloger Laurent Gbagbo par la force et tente de convaincre les chefs d’Etat Africains de faire partir le président sortant. Dès le 5 décembre, l’Union Africaine (UA) essaye de trouver une issue diplomatique à cette crise. Ce jour là, Thabo Mbeki, ancien président de l’Afrique du Sud, rencontre les deux présidents. Le 17 décembre, Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, tente de concilier les points de vue.

Le 24 décembre, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont fait partie la Côte d’Ivoire, organise un sommet extraordinaire à Abuja, au Nigéria. La CEDEAO menace d’utiliser « une force légitime » pour forcer Gbagbo à quitter le pouvoir. Elle mandate les présidents Boni Yayi du Benin, Ernest Koroma de Sierra Leone, et Pedro Pires du Cap Vert pour régler cette crise. Ils rencontrent MM. Gbagbo et Ouattara le 28 décembre et le 3 janvier où Raila Odinga, premier ministre kényan et envoyé de l’UA les accompagnera.

Le 9 janvier, Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigéria, le 19 janvier, Raila Odinga et le25 janvier, Bingu wa Mutharika, président du Malawi et président de l’UA tenteront des médiations.

Enfin, le Panel de l’U.A.

Le 28 janvier 2011, le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine durant sa 259ème réunion, rappelle qu’il est pour une solution pacifique et nomme un panel de chefs d’Etats pour régler pacifiquement cette crise. Le 31 janvier, lors de la 16ème session ordinaire de la conférence de l’Union Africaine, Jean Ping annonce la composition de ce panel. Il est composé des présidents d’Afrique du Sud, Jacob Zuma, de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz, du Burkina Faso, Blaise Compaoré, de la Tanzanie, Jakaya Kikwete et du Tchad, Idriss Deby Itno.

Les réactions sont variables à la nomination de ce panel. Les Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire qui soutiennent Ouattara, déclarent : « Les Forces Nouvelles appellent le président sud-africain, Monsieur Jacob Zuma et l’Afrique du Sud à ne pas s’opposer, ni ruser avec la démocratie en Afrique. L’Afrique du Sud ne doit pas jouer le jeu de la confiscation du pouvoir et des présidences à vies en Afrique ». Charles Blé Boudé, ministre de Gbagbo et chef des jeunes patriotes, déclare : « Pour nous, Blaise Compaoré doit être récusé et nous le récusons. Et il n’est pas le bienvenu en Côte d’Ivoire. Il est un danger pour la sous-région. C’est lui qui a déstabilisé la Sierra Leone et le Libéria ».

Le 21 et 22 février, 4 chefs d’Etats du panel viennent à Abidjan pour rencontrer Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara. Blaise Compaoré n’est pas venu. Les jeunes patriotes s’opposaient à sa présence.

Affrontements

Depuis le 12 janvier et jusqu’à fin mars, des affrontements ont lieu à Abidjan. Ces affrontements opposent le « Commando Invisible », commandé par Ibrahim Coulibaly dit « IB », aux troupes loyales à Laurent Gbagbo ; il n’est pas clair que ce commando soit pro- Ouattara. Ces affrontements ont lieu principalement à Abobo, un quartier ayant majoritairement voté pour Ouattara durant l’élection présidentielle. Mais des affrontements ont lieu aussi à Adjamé, au nord d’Abidjan, à Yopougon, à Koumassi ou à Treichville.la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (ONUCI) accuse les partisans de Laurent Gbagbo d’avoir tiré sur des civils, faisant une dizaine de morts à Abobo.

Début mars2011, un conflit éclate dans la région du Moyen-Cavally, à l’ouest de la Côte d’Ivoire. Le 28 février 2011, l’ONUCI se retire de Toulépleu. Le 6 mars après des combats, les Forces Nouvelles, pro-Ouattara, prennent Toulépleu à des miliciens et des mercenaires libériens. Le 13 mars, Doké est contrôlé par les Forces Nouvelles. Le 21 mars, c’est Bloléquin après la création des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Le 28 mars, c’est la ville de Duékoué qui tombe, ce qui permet aux FRCI d’avoir accès aux routes vers le port de San-Pedro et la capitale politique Yamoussoukro.

Le 28 mars, parallèlement à l’offensive sur Duékoué, les FRCI attaquent à Daloa, dans le centre-ouest et à Bondoukou à l’est, qu’ils contrôlent le 29 mars. Le 30 mars, les troupes pro-Ouattara prennent Soubré, Tiébissou, Gagnoa, Guibéroua, Bocanda, San-Pédro et entrent à Yamoussoukro.

Le 31 mars, la capitale économique Abidjan est totalement encerclée par les forces pro-Ouattara. En quelques heures, l’armée et la gendarmerie font défection, à l’instar du chef d’état-major, le général Philippe Mangou qui se réfugie à l’ambassade d’Afrique du Sud avec sa famille. Tandis que les FRCI investissent la ville, les troupes restées fidèles à Gbagbo, se déploient notamment autour du palais présidentiel.

La rapidité de cette avance serait due, en partie, à la fourniture d’armes par le Nigéria et le Burkina Faso aux FRCI.

La Bataille d’Abidjan

Dans la nuit du 30 au31 mars Philippe Mangou, chef d’état-major de Gbagbo, se réfugie avec sa famille à l’ambassade d’Afrique du Sud. Le 31 mars, des colonnes de soldats équipés de véhicules tout-terrain des FRCI entrent à Abidjan. Ouattara déclare un couvre-feu de trois jours. Les affrontements et des vandales armés menaçant les étrangers, des patrouilles d’exfiltration sont menées à partir de la base de la force Licorne à partir du 3 avril afin de regrouper 12 000 Français et plusieurs dizaines de ressortissants libanais et d’autres nationalités dont des diplomates étrangers.

Le 4 avril 2011, la force Licorne de l’armée française en Côte d’Ivoire ainsi que la force de l’ONU, l’ONUCI, tirent sur des positions pro-Gbagbo, dans le but de neutraliser leurs armes lourdes, conformément à la résolution 1975 du Conseil de sécurité, protéger les populations civiles et la forces de l’ONU. Elles ont notamment tiré sur le palais présidentiel, où sont stockées des armes de ce type.

L’ambassade de France a subi une attaque dont les auteurs ont été neutralisés, trois gendarmes français ont été blessés.

Le 11 avril, après dix jours de combats, l’assaut est donné contre le bunker du palais présidentiel, Laurent Gbagbo est fait prisonnier en compagnie de son épouse Simone par les forces d’Alassane Ouattara, soutenues par l’ONUCI et la Force Licorne. Ils ont été depuis placés en résidence surveillée dans le nord du pays à Korhogo et Odienné. Selon Alain Toussaint, porte-parole de Gbagbo, ce dernier a été arrêté par les forces françaises et « remis aux chefs de la rébellion » ; c’est aussi ce que déclare dans un premier temps un porte-parole à Paris de Ouattara. Selon l’ONU, « le président sortant s’est rendu aux forces du président élu ».

Cependant, les partisans de Laurent Gbagbo ne rendent pas tous les armes et les combats continuent dans le district d’Abidjan. Le 4 mai 2011, les FRCI prennent finalement le contrôle de la commune de Yopougon, dernier quartier tenu par les miliciens fidèles à l’ancien président.

Le même jour, une décision du Conseil constitutionnel ivoirien proclame Alassane Ouattara président de la République. Rendu de force à la  Cour Penale par Ouattara et ses compagnons, Laurent Gbagbo est emprisonné en Avril 2011, puis libéré janvier 2019, pour insuffisance de preuves matérielles justifiant sa responsabilité pénale dans les massacres qui ont eu lieu en Côte d’Ivoire.

TOURE Vakaba